Le rapport de la Cour des Comptes sur les téléconsultations, publié en avril 2025, dresse un bilan nuancé mais révèle des opportunités significatives dans l’amélioration de l’accès aux soins en France, notamment pour les sociétés de téléconsultation agréées.
Un marché en croissance, confirmée par les derniers chiffres de l’Assurance Maladie
Après l’explosion liée à la pandémie (18,6 millions de téléconsultations en 2020), le rapport de la Cour des Comptes évoquait une stabilisation autour de 12 millions d’actes en 2023. Les données plus récentes de l’Assurance Maladie confirment en réalité la poursuite de cette dynamique positive : 13,9 millions de consultations ont été réalisées en 2024, soit une hausse de 18,7% par rapport à 2023.
Cette croissance témoigne d’une adoption durable, le niveau actuel demeurant près de 100 fois supérieur à celui de 2019 (140 000 actes). Plus révélateur encore : si les médecins libéraux conservent 55% de l’activité, les plateformes agréées comme Qare représentent désormais 40% des téléconsultations en 2024, contre seulement 6% en 2021. Cette progression s’accélère même en 2025 avec 43% des actes au premier trimestre, positionnant les sociétés agréées comme des acteurs incontournables de l’écosystème de santé digitale.
Une réponse efficace aux déserts médicaux
Le rapport souligne un point crucial : 41,5 % des patients des plateformes de téléconsultation résident dans des zones d’intervention prioritaire (ZIP), contre seulement 28,5 % pour l’ensemble des téléconsultants et 26,1 % pour l’ensemble des patients.
Cette donnée démontre que les sociétés de téléconsultation répondent efficacement aux besoins des territoires sous-médicalisés.
La France face à ses voisins européens : un potentiel à développer
Alors que les téléconsultations représentent plus du tiers de l’activité au Royaume-Uni et en Espagne, et jusqu’à 52 % en Estonie, la France ne dépasse pas 3,2 % pour les médecins libéraux. Cette différence ne reflète pas un défaut de qualité mais révèle des enjeux d’adoption qui nécessitent un accompagnement spécifique.
Cette réalité explique pourquoi les experts recommandent que la télésémiologie, c’est-à-dire le recueil de signes cliniques à distance, soit enseignée lors des formations initiales et continue des médecins.
Vers une stabilisation économique
En 2023, l’Assurance Maladie a remboursé 266 millions d’euros au titre de toutes les téléconsultations, soit 3% des remboursements de consultations. Sur ce montant total, 87 millions d’euros soit 33% ont été versés spécifiquement aux plateformes de téléconsultation.
Cette reconnaissance progressive s’accompagne toutefois de défis économiques, la Cour soulignant que le modèle économique de certaines sociétés demeure fragile. Elle recommande néanmoins des adaptations tarifaires pour mieux tenir compte des spécificités de cette activité.
Une patientèle aux besoins différenciés
Les données révèlent que 50 % des téléconsultants sont âgés de 15 à 44 ans, contre seulement 30 % pour les consultations traditionnelles. Cette population jeune, majoritairement féminine et urbaine, caractérise l’ensemble des téléconsultations.
Les sociétés de téléconsultation, quant à elles, touchent des populations spécifiques : 41,5 % de leurs patients résident dans des zones d’intervention prioritaire (contre 28,5 % pour l’ensemble des téléconsultants), démontrant leur capacité à atteindre les territoires sous-médicalisés. Plus révélateur encore, une téléconsultation sur cinq via les plateformes concerne des patients sans médecin traitant, contre seulement 7 % chez les médecins libéraux.
Un cadre réglementaire favorable à la qualité
Le processus d’agrément des sociétés de téléconsultation, qui s’achèvera fin 2025, constitue une opportunité pour les acteurs sérieux du marché. Ce cadre garantit la qualité des soins tout en légitimant définitivement les plateformes dans le paysage sanitaire français.
La Cour recommande même d’intégrer ces sociétés « à titre subsidiaire » dans les services d’accès aux soins, reconnaissant leur « rôle à jouer en second recours pour compenser l’offre de soins insuffisante dans certains territoires ».
Vers une reconnaissance pleine et entière
Le rapport évoque la tenue des Assises de la téléconsultation à l’été 2025 pour clarifier la stratégie nationale. Cette démarche, loin d’être un frein, représente une opportunité historique pour les sociétés agréées comme Qare de participer à la définition d’une politique publique ambitieuse.
Pour les médecins, ces évolutions dessinent un avenir où la téléconsultation, encadrée par des sociétés agréées et intégrée dans les parcours de soins, constituera un levier essentiel pour répondre aux défis démographiques et territoriaux de notre système de santé.
Sources
- Rapport de la Cour des Comptes, avril 2025
- Communiqué de presse Assurance Maladie, 27 juin 2025
- Autres sources : Egora.fr (30 juin 2025) ; Info.gouv.fr (2024) ; DREES (décembre 2024) ; Alturgences (2025)
Crédit photo : Bernd Klutsch
